Fred LAXALDE ET SON (TOUR DU) CIRQUE…..



Quelle épopée !

53 km en tête, devant, sur les 120 de ce Tour des Cirques 2015.

Les sensations sont contradictoires : c’est à la fois euphorisant, mais là il faut savoir rester humble, et à la fois stressant, de sentir la meute à ses trousses prête à dévorer.

Les muscles ont mal mais il faut tenir pour tenter de conserver cette place honorifique et inespérée.

Et pourtant, jeudi, j’étais tendu, ressentant des petites douleurs ici et là, à cause du trajet en voiture et, il faut bien le dire, de la peur de ne pas y arriver, de démarrer trop vite et d’atteindre Luz, la base de vie au 76e km, complètement cramé !

Pas de bière l’après-midi, la nuit sera correcte.

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Vendredi matin, rassemblement des troupes du SPUC à Piau-Engaly pour la photo de groupe : Carole, Aitor, Beñat Bergara et Patrice.

Puis je m’échauffe un peu afin de ne pas reproduire la même erreur qu’à Baigorri, juste avant le départ de l’Euskal. Les jambes ont l’air bonnes, je partirai donc confiant.

Départ à 9h pour une boucle de 8 km qui nous ramène à Piau. Nous empruntons de larges chemins plutôt raides (pistes de ski l’hiver), sans intérêt hormis d’étirer le peloton.

Bien que certains s’entêtent, à mon avis, à trottiner dans certaines portions moins pentues, je ne m’affole pas et j’adopte une marche active avec mes bâtons : clac, clac, clac, clac, … ! Vous les entendez ?!

Les deux favoris annoncés, Laurent Brochard (ancien cycliste) et Emmanuel Rémy, sont effectivement déjà en tête.

Juste avant Gèdre, km 25, je reprendrai Brochard, il est déjà cuit !

À ce ravitaillement, les premiers supporters, cela fait du bien, Sylvie et ses filles, Stéphane Z. et son épouse, et Philippe Inda, qui finalement me suivra (en voiture) jusqu’à l’arrivée. Sa présence et son aide précieuse m’ont permis de prendre conscience de l’importance d’un soutien aux ravitaillements.

Au pointage à Gèdre je me vois contraint de me « charger » d’’une balise gps. Je ne sais pas alors que je suis en 6e position. Je râle un peu car on me rajoute du poids, j’avais essayé en effet d’optimiser la charge du matériel obligatoire.

Il n’était pas dans la liste mais j’avais même supprimé le slip ! Par temps chaud, cela apporte une sensation de légèreté et de fraîcheur. Les gars, avez-vous déjà essayé ? Et vous les filles, comment faites-vous ?! C’est parfois très intéressant de s’échanger des astuces !

Je vous rassure quand même, mon short comportait un slip intégré. À force de les balloter, il aurait été préjudiciable de perdre ses bijoux de famille !!!

Je démarre de Gèdre confiant car je connais les 40 prochains km. Dans la montée, clac, clac, clac, clac, … ; je double 2 concurrents visiblement déjà entamés. Puis un troisième un peu plus loin sur le chemin qui nous mène vers le cirque d’Estaubé.

La vue est magnifique, le lac des Gloriettes donne vie de s’y baigner.

Aitor avait raison au départ d’annoncer qu’il allait faire chaud.

En effet, à de nombreuses reprises sur le parcours je m’arrêterai pour me rafraîchir.

Le long du gave d’Estaubé, même si c’est a priori « facile », j’adopte le marcher-courir pour m’économiser. Cette capacité à relancer est le résultat du travail réalisé à l’entraînement. La présence de cailloux sur le chemin rend aussi la progression vite épuisante.profil-tour-2015-1.6

Puis à nouveau une montée délicate pour pouvoir basculer vers Gavarnie. Les bâtons entrent encore en scène : clac, clac, clac, clac, … !

Même si au col une personne m’annonce que je suis 3e, la descente est tranquille jusqu’au ravitaillement de Gavarnie où, avec le 2e que j’ai rattrapé à l’Hôtellerie du cirque, nous retrouvons le 1er, Emmanuel Rémy.

Il repart en tête, suivi quelques minutes après par le 2e. Pour ma part, je m’alimente et déguste un savoureux velouté à l’asperge accompagné de pates !

Rien de sert de s’emballer, même si j’évite de rester trop longtemps à l’arrêt, je sais que les prochains 25 km jusqu’à Luz vont être très longs.

Pas de grosses montées, parcours très accidenté où il n’est pas facile de courir. En plus, le chemin, qui devient parfois une monotrace très étroite, est parsemé d’embûches : cailloux, racines, branches.

La vue est par contre très dégagée, je vois que derrière il n’y a personne, j’ai de l’avance, et devant, le 2e est revenu sur le 1er. Un peu plus loin, je remarque que c’est moi à mon tour qui revient sur le duo de tête.

Je les reprendrai effectivement dans la descente vers Trimbareilles, km 66, où nous arrivons à deux, Emmanuel Rémy lâchant prise. Il m’a fallu 3 h pour parcourir les 16 km depuis Gavarnie !!!

De là, après m’être alimenté, je repars seul, l’autre concurrent devant régler quelques petits problèmes. Il perdra encore du temps à Luz pour se faire masser et finira finalement en 4e position.

Les 10 km jusqu’à Luz me paraissent interminables. Pourtant le chemin me sied, comme je les aime, succession de montées et descentes, sinueux, alternant sous-bois et tronçon dégagé.

Mais non, pas aujourd’hui, je commence en effet à gamberger. Cette pole position, ce n’est pas normal, je ne l’avais même pas envisagé en rêve, où sont les favoris ?, ça va forcément revenir de l’arrière.

Par contre j’avais espéré arriver à Luz avant la nuit, avant 21 h (soit 12 h de course pour 76 km et 4560 m D+) et je vois que le temps avance. Que c’est long !

J’y arrive enfin à 21h05, et Philippe est encore là pour m’aider. Je suis content de voir aussi quelques Saratars.

Dans la belle salle, je m’interdis de m’asseoir car sinon je sais que ce sera très difficile de repartir. Et je n’ai pas non plus envie de m’éterniser, il me tarde d’arriver, je commence à rêver à un demi pêche !

Donc, au bout de 14 minutes je sors, lampe frontale allumée pour 44 km de chevauchée nocturne.

Jusqu’à Tournaboup je réussis à maintenir un bon rythme. J’arrive même à trottiner, il faut sans cesse relancer.

C’est par contre après Tournaboup que je connais la première baisse de régime de la journée. Les montées sont difficiles, le terrain est très caillouteux. Je dois en plus très souvent m’arrêter pour repérer les balises. À un moment, je me retrouve même au milieu d’un troupeau de vaches, j’ai confondu leurs yeux avec les balises !!!

Il faut gérer, comme on dit, s’alimenter et attendre que le « jus » revienne. Je remarque au loin la lueur d’une frontale, mais j’ai encore de la marge.

Je bascule enfin vers Merlans et je me dis que j’ai fait le plus dur, il reste environ 20 km. Mais la progression est encore très difficile, beaucoup de cailloux auxquels s’ajoutent un peu plus bas des racines.

Pour ne pas perdre trop de temps et maintenir une allure régulière, tout en trottinant je lève la tête pour éclairer les balises. Mais en contrepartie je m’écarte de la trace et mes pieds buttent souvent contre les cailloux. Je manque à plusieurs reprises de tomber.

Et c’est alors que le drame arrive, en légère descente, une chute terrible. Je heurte violemment un caillou avec la joue droite. Je reste conscient, la plaie saigne et je ressens une vive douleur à la mâchoire. Rien de cassé, je me relève et je repars. Mais combien de minutes ai-je perdu ?

J’arrive enfin à Merlans, dernier ravitaillement à 12 km de l’arrivée, avec 3 minutes d’avance sur mon poursuivant.

Je décide de tenter le tout pour le tout, d’écourter mon arrêt et d’essayer de passer seul le col de Portet et de basculer en tête vers l’arrivée, étant plus à l’aise en descente.

Elle est encore interminable, je suis toujours seul et je redoute à l’avance le dernier km, quasiment plat où il faudra trottiner.

En effet, à environ 800 m de la ligne d’arrivée, je me fais rejoindre. Comme il est plus frais, il me propose de finir ensemble, mais je lui rétorque que non, préférant marcher un peu. De toute façon, il faut un premier et un deuxième, pas d’ex-aequo !

Aurait-il dû me dépasser sans état d’âme ? Devait-il quand même rester à ma hauteur ? Ayant remarqué à Merlans que j’étais blessé, aurait-il dû rester en retrait en me voyant sur ce dernier tronçon pour que je passe seul la ligne ???

On peut épiloguer très longtemps, en vain, car on ne peut pas revenir en arrière. Alea jacta est.

Certes à l’arrivée je suis content de cette place, mais je suis surtout heureux d’en terminer, car finir, c’est le premier défi lors d’un ultra. Et je l’avoue, je suis fatigué !!!

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Je n’ai pas trop le temps de récupérer, il faut monter sur l’estrade pour la photo. Le préleveur antidopage me tombe dessus. Il autorise tout juste les pompiers à me donner les premiers soins. J’ai très soif. L’organisateur me ramène le demi pêche tant rêvé.

Je m’exécute dans les WC (très facile, vous vous rappelez je ne porte pas de slip !!) pour lui remplir son bocal.

Mini conférence de presse, douche (et je n’oublie pas d’enfiler un slip !), puis direction les urgences de Lannemezan, accompagné par Philippe, pour fermer la plaie (3 points de suture) et passer un scanner de contrôle des os maxillaires.

Il n’y a qu’en milieu d’après-midi que je pourrai enfin m’allonger et dormir.

Ce Tour des Cirques 2015 restera forcément gravé dans ma mémoire, cela a été une expérience magnifique, et je suis quand même satisfait du résultat.

Car, au-delà de la place, au final, le plus important pour moi c’est la satisfaction du travail accompli : pas de miracle en course à pied, j’ai consacré beaucoup de temps aux entraînements, je me suis fait parfois mal, j’en ai souvent « chié ». Et cela a payé, tant pendant la course qu’après : pas de courbature le lendemain ; cela aussi c’est très appréciable.

Et surtout, je me rends compte que nous pratiquons quand même un sport à risque. Je pense que je m’en tire à bon compte, cela aurait pu être très grave, voire se finir très mal.

Premier, deuxième, peu importe finalement, j’ai donc beaucoup de chance de pouvoir continuer à galoper par monts et par vaux …

 

 

FREDERIC LAXALDE

 

 

 

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