RECIT D’UN DES “GEANTS” DU TOR 2014

 

 


Comme Aitor  nous avez promis  (et malgré sa réticence), nous partageons avec vous son récit.

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COURMAYEUR

 

 

DIMANCHE 7 SEPTEMBRE 2014 : 10H00

 

 

 

 

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ETAPE 1 : COURMAYEUR – VALGRISENCHE

 

 

 

 

   Le départ est donné à 10h00 précises. Je trottine dans les rues de Courmayeur. Au bord de la

route, les spectateurs sont venus en masse pour applaudir les coureurs. L’ambiance est très bonne,

tout le monde a le sourire aux lèvres, tout le monde profite de cet instant, tout le monde sait que

très vite cela va changer….

 

  Je rejoins Charlie. Nous discutons de choses et d’autres, il me donne de précieux conseils

pour cette course. Conseils qui me permettront de passer certains caps …

 

 

 

 

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   Nous entamons la montée au col D’ARP. Le rythme est très lent, pourtant je n’essaye pas de

doubler, je reste à ma place, j’essaye de profiter de cette belle matinée. La chaleur est déjà présente.

  Au bout de quelques kilomètres, c’est Maddi qui nous rattrape. Vieille connaissance du GRP,

cela faisait longtemps que je ne l’avais pas vu. Nous échangeons quelques banalités, et elle engage

une conversation avec Charlie. J’écoute, cela me permet de me distraire et de ne pas me préoccuper

du rythme qui est vraiment très lent.

   Le sommet du col d’ARP est bondé. Cela me fait penser aux images de l’Aizkorri lors du

marathon de Zegama. Chez nous les supporter sont impressionnants, mais faut dire que les italiens

sont très forts aussi, ils crient « BRAVI » « BRAVI ». C’est super !!

    Nous entamons une longue descente vers la Thuile. Un premier ravitaillement nous est

proposé. J’ai faim ! Je m’arrête et je prends le temps de me restaurer. Il y a beaucoup de coureurs,

on se bouscule. Je reprends tranquillement la descente avec Charlie. Il profite pour me donner

d’autres conseils, j’avoue que la suite me fait un peu peur alors je ne loupe pas une miette de ce qu’il

me dit.

   A LA THUILE, il y a beaucoup de monde qui nous encourage. Beaucoup de suiveurs

certainement, mais aussi beaucoup de villageois qui prennent ce TOR pour une grande fête. Au

ravitaillement, je me restaure tranquillement, je refais le plein de mon Camel. Mes parents sont là, je

profite pour échanger quelques mots, mon père me conseille de prendre mon temps et de ne pas

gâcher de l’énergie inutilement. Je l’écoute. La route est encore longue puisque nous n’avons fait que

17km et il est 13h30 !

 

 

 

 

 

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   Nous attaquons la montée ver le Refuge DEFFEYES. Je prends mon rythme et très vite je ne

vois plus Charlie. Je me retrouve tout seul dans cette montée. Les supporters sont omniprésents sur

toute l’ascension. Ils encouragent tout le monde…

   J’atteins le Refuge, il est bondé. Il y a des spectateurs et des coureurs partout. Je me fraye un

chemin pour atteindre le ravitaillement. Je fais le plein de mon sac, je prends le temps de manger.

Maddi est là. Elle s’apprête à partir. Elle me donne quelques indications pour la suite. Elle

connait bien le secteur. Plus tard, elle m’expliquera qu’elle est venue il y a un mois reconnaitre la

totalité du parcours.

   Je reprends ma route. A ce moment je me sens très bien. J’ai envie d’aller plus vite. J’arrive à

me raisonner et j’essaye d’adopter un rythme à ma convenance.

   Très vite j’atteins le col de PASO ALTO et j’attaque la descente vers le refuge de Promoud. Je

ne reste pas longtemps au ravitaillement, mais un bénévole attire mon attention : il propose du vin

au ravitaillement. Cela me fait rire intérieurement, d’autant qu’il a les joues bien rouges !!

   Je remonte facilement au COL de la CROSATIE et j’entame la descente vers PLANAVAL. La

descente se passe bien. Certains me doublent à toute vitesse, je me retiens, je pense à la suite….

Dans la descente, je rencontre Ramuntxo et Claude, ils sont venus m’encourager. Je rejoins le

ravitaillement de PLANAVAL où j’y retrouve mes parents. Je marche quelques mètres avec eux,

j’échange quelques impressions. Après un bref ravitaillement, je redémarre direction Valgrisenche, la

nuit tombe, je ne veux pas sortir la frontale avant la première base vie que j’atteindrai à 20h30.

    A l’entrée de la base vie, on me remet mon sac jaune Grivel dans lequel j’ai mes affaires et un

Pins avec le nom de la base vie ! On me demande de signer une affiche où tous les coureurs apposent

leur signature. Je trouve l’idée marrante, je me prends au jeu !

L’ETAPE 1 est bouclée. 48km en 10h30. Tout va bien, pourvu que ça dure !!

 

 

 

 

 

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ETAPE 2 : VALGRISENCHE – COGNE

 

 

   On nous annonce du froid sur les hauteurs. Je profite de cette base vie pour me changer et

mettre une tenue de nuit plus chaude. Le ravitaillement proposé est énorme. Il y a beaucoup de

choix. Je prends une bonne soupe, et un bon plat de pâtes, deux yaourts, un café et c’est reparti !!

   Charlie m’avait dit de me méfier des étapes paires et surtout l’étape 2. Il avait raison !! C’est

un hasard du parcours, mais les étapes paires sont plus difficiles que les impaires. C’est comme ça.

J’attaque l’ascension du col de la fenêtre. Je sais que la montée est longue et dure, je sais

aussi qu’elle est la première de 3 ascensions qui s’approchent des 3000 et dont la dernière culmine à

3300m.

    Très vite Maddi me rattrape. Elle me propose de faire un petit bout de chemin ensemble, de

parler pour éviter de s’endormir. Je me cale à son rythme et nous continuons la montée vers le COL

FENETRE. Le rythme est bon, je me sens bien. Nous atteignons le refuge de l’Epée. J’y bois un café, je

mange quelques gâteaux et nous repartons.

    Quelques mètres plus loin, sans que rien ne change, j’ai du mal à suivre, je dis à Maddi de

continuer de ne pas m’attendre, le rythme est trop rapide. Je regarde mon altimètre, 2400m. A cet

instant je ne comprends pas ce qu’il m’arrive, je le découvrirai un peu plus tard…

    J’atteins le col de la fenêtre et j’entame une descente raide, j’ai un peu de mal au début, mais

très vite je retrouve mon rythme de croisière et j’atteins le ravitaillement de RHEMES NOTRE DAME.

    J’y retrouve Maddi, elle a rattrapé un groupe d’Espagnols avec qui elle fait route. Elle me demande si

je veux qu’elle m’attende, je lui dis que ce n’est pas la peine, que je préfère continuer à mon rythme,

en sachant que la suite va être compliquée.

    Profitant de l’expérience du dernier col, j’attaque la montée de l’Entrelor avec grande

prudence. La montée est longue, mais je suis bien, je monte facilement d’autant que je ne m’impose

par un rythme rapide. Puis, à un moment, je ressens les mêmes sensations qu’au col précédent. Je

n’arrive plus à avancer, je regarde mon altimètre, il m’indique 2400 m. L’altitude me jouerait-elle des

tours ???

    Il fait froid, je n’arrive plus à monter, je m’endors ….. Premier coup dur de ce TOR et je n’ai

même pas fait 70 kilomètres ! Ce qui me réconforte, c’est que je ne suis pas le seul ! D’autres se sont

arrêtés pour dormir !

     J’atteins péniblement le sommet et une première pause sommeil s’impose. La descente se

passe bien et j’atteins Eaux Rousses à 6h10 du matin. J’ai sommeil, je demande aux bénévoles si je

peux m’allonger. Il faut attendre, tous les lits sont pris. Quelques minutes après on me propose un lit

pour 30 min. J’accepte, et je n’aurai droit qu’à 30 min, pas une de plus !

    Malgré cette courte pause, je me sens requinqué ! Je me ravitaille et j’attaque la montée de

LOSON (3300m). Je démarre à 7h00. Je suis à 23km de Cogne prochaine base vie.

Comme au début de chaque montée, je me sens bien. Mon sac me fait mal, il est trop chargé

et certainement trop petit. Je me rappelle que Ramuntxo à un sac, il pourrait peut-être me le prêter

pour voir si c’est mieux ? Je lui passe un coup de fil ….

    L’ascension se passe bien……jusqu’à environ 2400 m. Ensuite c’est l’enfer. Je n’arrive plus à

avancer, les autres coureurs me rattrapent et me doublent, je n’arrive pas à m’accrocher à eux. Je

commence à avoir mal à mon genou gauche. Cela me fait peur ! Une tendinite ?

    Je décide de m’allonger quelques minutes. Le soleil est là, il fait bon !

Quand je me relève, je me retrouve avec un Espagnol. On entame la discussion. Lui non plus

ne comprends pas. Il a pourtant participé à plein d’Ultras et il n’a jamais eu besoin de dormir la

première nuit, mais là il n’en peut plus !

    Tous les deux, nous atteignons péniblement le sommet.

    Au sommet, la vue est splendide, panorama lunaire mais quelle beauté !

    J’attaque la descente avant lui. La descente est longue mais pas technique. Cela me permet de

rallumer mon téléphone et de profiter des messages d’encouragement de mes amis. Ça fait du

bien !!

   En fin de descente, je retrouve mes parents, ils sont venus me chercher et on fait quelques

centaines de mètres ensemble. J’atteins la base vie de COGNE vers 13h00…. Déjà 100 km !

 

   Je me douche, je me change pour une tenue plus fraiche. Je me restaure. Le repas est

appétissant. La soupe est excellente, les pâtes et le poulet sont très bons. La salade de fruit maison

est fraîche et très rafraichissante.

    Ramuntxo et Claude sont là, ils m’apportent un sac plus grand. Je transvase mes affaires, il

me semble que c’est beaucoup mieux, on verra …

J’en profite pour me faire manipuler par un kiné. Il me fait beaucoup de bien. Je glace mon

genou et c’est reparti ….

 

 

 

 

 

 

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ETAPE 3 : COGNE – DONNAS

 

 

 

 

   Au départ de COGNE, je retrouve Maddi. Elle en a profité pour dormir 2h. Nous reprenons la

route ensemble pour une étape assez « facile » avec une longue montée (20km) et une longue

descente (30km). Il est 14h45.

    Nous discutons de tout et de rien, et le temps passe vite. Je me suis bien requinqué, il fait

beau, mon genou ne me fait plus mal, que demander de plus ?

    Nous atteignons le Refuge de SOGNO DI BERDZE. Je bois un café et je mange quelques

biscuits. Je veux repartir vite, j’ai peur d’avoir du mal à passer le sommet. Je dis à Maddi

que je repars, qu’elle me rattrapera dans la montée. Je ressens à nouveau les effets de l’altitude,

mais la montée n’est pas longue. Maddi me rattrape au sommet du col de la FENETRE DI CHAMPORCHER et

nous entamons la longue descente ensemble.

    Je suis bien, alors je décide de me laisser aller un peu dans la descente, l’atmosphère est

paisible, la nuit va bientôt tomber et nous descendons le long d’une large piste à faible pente.

   Nous arrivons au refuge de DONDENA. Nous nous ravitaillons, un peu de coca, quelques

yaourts, du pain et nous reprenons notre descente. Nous rattrapons un catalan. Maddi entame une

conversation avec lui, moi je préfère les écouter, je n’y prends pas part.

 

 

 

 

 

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   Vers 21h00, nous atteignons le ravitaillement de Chardonney. Mes parents, Claude et

Ramuntxo sont là. Ils sont étonnés de nous voir arriver si vite. Nous venons de faire 30km depuis la

dernière base vie et je n’ai rien vu passer.

    Par contre je ressens une brulûre au niveau d’un orteil. J’enlève la chaussure et merde !! Une

ampoule ! Moi qui n’en ai jamais ! Claude m’aide à la soigner et je repars avec Maddi et le Catalan.

    Très vite deux autres coureurs rejoignent notre groupe et nous sommes 5 à courir vers le

ravitaillement de Pontboset. Le rythme est assez rapide à mon goût, mais je me sens bien.

    Quelques kilomètres plus loin, j’ai l’impression que l’on accélère de plus en plus, et du coup

j’ai du mal à suivre. Le terrain est technique et de nuit je ne veux prendre aucun risque. Je décide de

laisser partir le groupe…… mais très vite, de nuit avec la solitude, le sommeil fait son apparition.

    Je lutte, mais je n’y peux rien. J’avance tout doucement, je me dis qu’au prochain

ravitaillement je me coucherai quelques minutes.Je suis seul quand j’arrive à Pontboset,il y a une quinzaine

de bénévoles rien que pour moi ! Je demande à dormir, mais il n’a rien de prévu à ce point du parcours.

Je me dis que je me coucherai un peu plus loin….

    Je reprends la route, cette partie me semble interminable. J’ai les pieds en feu, je m’endors,

mon genou me fait mal à nouveau, vivement que j’atteigne DONNAS, pour y faire un gros dodo.

    Au loin je vois que l’on se rapproche d’un village, j’imagine déjà la base vie avec un grand lit

douillet rien que pour moi. Mais non !! Ce n’est pas DONNAS. Je traverse deux ou trois petits villages

et je ne trouve toujours pas DONNAS…. La route redescend et nous quittons la civilisation, c’est

encore loin ???

    Bien plus tard, je distingue une ombre au bord du chemin. C’est mon père. Ouf !! Je ne suis

plus très loin. Il m’annonce que la base vie est à 2 ou 3 km. ENCORE !!!!!

    Sa présence me donne du baume au cœur et j’atteins finalement DONNAS à 1h30 du mardi

matin.

Comme tout le reste d’ailleurs, la base vie est très bien organisée. Je récupère mon sac, je me

douche et je vais me coucher sans manger. J’ai décidé de dormir 3 ou 4 heures. Je suis vraiment

fatigué…

    Déjà 150 km ……

 

 

 

 

 

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ETAPE 4 : DONNAS – GREYSSONEY

 

 

 

 

 

 

   Je n’arrive pas à trouver le sommeil dans ce dortoir, je dors, je me réveille, je me rendors, j’ai

l’impression de perdre du temps. Je décide de repartir.

Je me lève, Maddi est là, prête à partir. Elle me propose de m’attendre. Je lui que ce n’est pas

la peine. Elle est bien plus rapide que moi et la suite me donnera raison.

     Je prends un petit déjeuner copieux, je soigne mes ampoules, je me rhabille et je décide de

changer de chaussures. J’ai peur d’avoir de nouvelles ampoules, alors je décide de mettre des Trails

moins récentes mais dans lesquelles je suis mieux, d’autant qu’il fait beau et que le sol est sec……

Quelle ERREUR !!

    Il est 4h40, je reprends ma route. Malgré le manque de sommeil, j’ai réussi à récupérer, je

me sens bien. Je repars doucement mais j’avance sereinement vers le ravitaillement de Perloz. La

partie n’est pas très technique, il y a beaucoup de passages sur goudron.

    Je regarde la suite du parcours, histoire de voir ce qui m’attend. Dans quelques kilomètres,

j’atteindrai le refuge de CODA, ce qui signifie que c’est la mi-course. Je me rends compte aussi que

c’est une étape paire, donc difficile !!

    Je ne traine pas à Perloz, je bois un café et je reprends ma route. Je suis seul, et ça me va !

    Tout va bien jusqu’au refuge de l’étoile du Berger. Je m’arrête pour un bon ravitaillement, on

plaisante avec les autres coureurs. L’ambiance est bonne malgré la fatigue. Il fait bon, on en profite !

    Je reprends mon ascension vers le refuge de CODA. Pour la première fois dans cette course je

m’inquiète de mon chrono. Je vais atteindre la mi-course et je me projette vers l’arrivée. J’envoie un

texto à mon ami Beñat pour qu’il me donne son avis. Il m’indique que j’ai 3 ou 4 heures de retard sur

le temps de Pierre qui l’a fait en 110 h l’an dernier. Cette info me convient bien. Je continue à mon

rythme. Mais mon rythme ralentit…. Ralentit…. Ralentit… je n’arrive plus à avancer. Je vois le refuge

au loin, il me semble impossible à atteindre. Je m’arrête quelques instants.

    Je repars mais ce n’est pas mieux. J’atteins finalement le refuge aux environs de 12h00. Je

suis épuisé ! Je demande à un bénévole s’il est possible de se coucher. Il me propose un dortoir de 6

lits vides. Je suis seul, je me dis que je vais bien dormir. Il fait bon dans cette chambre. Je lui

demande de me réveiller dans 2 heures.

    Au bout d’une heure, je me réveille, je n’ai plus sommeil, j’ai faim !

Je descends et je mange deux grands bols de soupe, du pain du jambon du fromage. Un bon

café et c’est reparti !!

    Je me sens beaucoup mieux. La descente est très technique, je descends prudemment.

J’atteins assez vite le lac de VERGNE. L’endroit est sublime ! Le ciel est gris, la pluie ne va pas tarder !

J’attaque la montée vers le col de MARMONTANA. J’ai un gros coup de blues. Je n’arrive plus

à avancer, c’est dur !

     Je regarde mon téléphone, quelques messages d’encouragement, ça fait du bien mais ça ne

suffit pas … Mon téléphone sonne. C’est Pierre ! Il me dit : « non c’est pas dur ! Ne rentre pas dans

ce jeux, ne pense pas que c’est dur, ça va passer !! ». Je raccroche et je me dis qu’il a raison. Je me

fais violence, j’accélère, je me bats contre moi-même…

    Le ciel devient menaçant, de grosses gouttes commencent à tomber. Une grosse averse, je

mets ma veste, mais la pluie s’arrête rapidement. J’enlève ma veste et je la range…

     Le col de MARMONTANA n’est plus loin, je le vois. La pluie recommence de plus belle.

J’atteins le sommet, et j’entame la descente. Je vois le ravitaillement un peu en contre bas, mais je

n’arrive plus à descendre. Je ne tiens plus sur mes jambes, mes vieilles chaussures glissent

énormément, je suis presque à l’arrêt…..

   Avec beaucoup de patience, j’atteins le ravitaillement. On me propose des patates et du

poulet ! Que c’est bon ! J’ai froid alors je décide de ne pas trainer. Je suis en short et je n’ai pas envie

de sortir ma tenue de pluie. Je reprends la descente, toujours aussi glissante.

Au bout d’un moment, le balisage bifurque sur la droite et la pente s’inverse. J’attaque la

montée vers le COL DELLA VECHIA

    La pluie s’est arrêtée et je me sens beaucoup mieux en montée qu’en descente. Vivement

Niel, je sais que mes parents m’y attendent, ça me fait un bon but ! J’atteins le sommet assez

rapidement et je me lance dans la descente. Mon genou me fait très mal maintenant. Je n’arrive pas

à avoir des appuis corrects j’avance très doucement, mais j’avance …. Au bout d’un long moment,

j’atteins un ravitaillement, je ne sais pas trop ou je suis. Le road book indiqué 5 km du sommet à Niel,

il me semble en avoir fait 3 ou 4. Je ne dois pas être très loin. Je demande au bénévole. Il m’annonce

5 km, et au moins 2h de descente. La pluie a rendu cette descente particulièrement glissante et

dangereuse. Son annonce me met en colère (je ne sais pas contre qui d’ailleurs), je quitte le

ravitaillement sans rien prendre et je me lance dans cette descente qui sera interminable.

Je ne tiens plus sur mes jambes, mon genou me fait horriblement mal à chaque foulée, je

marche tout doucement, je tombe tous les 100 m. C’est horrible. Il faut que je me sorte de là !

La pluie est de plus en plus forte, il tombe des cordes, le chemin est un ruisseau boueux,

vivement Niel !

    Au bout d’un chemin, je reconnais une silhouette, c’est Ramuntxo !! Cool !! Enfin je suis à

Niel. La nuit ne va pas tarder à tomber….

     J’atteins le ravitaillement, mes parents sont là aussi. Il y a également Imanol (que j’ai connu à

l’Euskal Trail en 2013) et la femme de Claudio. Ils attendent Claudio.

 

 

 

 

 

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    Il tombe des cordes et il fait froid. Imanol me fait rentrer dans le chalet. Il me propose de la

polenta. Je m’assois, je suis servi comme un prince. Je mange ce plat de polenta qui me fait beaucoup

de bien. Un peu de pain et de jambon et il faut repartir.

Dehors il tombe des cordes, il fait froid et la nuit est déjà là !

 

 

 

 

 

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    Je m’habille chaudement et je repars. Je me promets de m’accorder une longue pause à

Greyssoney. Cela me donne du courage pour repartir.

J’attaque la montée du col de LASONEY. Il pleut des cordes, mais je me sens bien. Je mets ma

capuche et je me retrouve comme dans une bulle, comme si j’étais ailleurs.

Je monte bien ! Au bout d’un moment je croise un spectateur italien qui descend. Il me dit

que le sommet n’est pas loin, et effectivement j’y arrive sans trop de mal. Il pleut toujours et je

commence à avoir froid. Je décide de mettre mon pantalon de pluie et d’essayer les lingettes

chauffantes que m’a données Beñat.

    J’entame la descente. Le sol est gorgé d’eau et très glissant. J’essaye de trottiner mais je ne

peux pas, je ne tiens pas debout et mon genou me fait mal. Je n’insiste pas. Je décide de continuer

tranquillement. Il me tarde d’arriver à Greyssoney.

     Au bout d’un moment j’atteins un refuge, je ne retiens pas son nom. Je n’ai pas faim, mais ils

proposent un plateau de fromages avec des galettes à la polenta. Je m’arrête quelques instants pour

gouter quelques fromages. C’est excellent !

    Je repars, et ce coup-ci la pluie s’est arrêtée, j’ai toujours froid et les lingettes n’ont pas l’air

de fonctionner. Vivement Greyssoney.La fin de la descente me parait interminable, mais au bout d’un moment j’arrive sur une

route, et très vite, je rejoins mon père qui est venu à ma rencontre. Cool !!! La base vie n’est plus

loin. Il m’annonce qu’il reste moins d’un kilomètre…..

    Je pénètre dans la base vie à 0h43 du mercredi.

 

 

 

 

 

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   Je n’ai qu’une envie, je veux dormir ! Je décide de m’autoriser 4 ou 5 heures de sommeil.

Mais avant, je me douche, je me change et je vais voir un kiné.

    Un super-kiné même ! Je lui demande de regarder mon genou, il prend le temps, il me

masse, il m’étire, me remet en place les chevilles, les genoux, il me fait même une séance de laser

pendant laquelle je m’endors. Après avoir passé 3⁄4 h entre ses mains, je ressors sans aucune douleur.

    Je vais me coucher dans le dortoir. Je m’endors très vite, je ne mets même pas le réveil, je

me dis qu’il me faut un bon sommeil pour récupérer et finir les 130 km qu’il me reste.

 

 

 

 

 

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ETAPE 5 : GREYSSONEY – VALTOURNENCHE

 

 

 

 

 

 

 

   Il doit être 6h00 du mercredi matin quand je décide de me lever. Je me sens bien, je n’ai pas

de douleurs particulières. Le Kiné m’a fait beaucoup de bien.

    Je décide de prendre mon temps, de faire un bon petit déjeuner, de mettre des bons

pansements sur mes ampoules. Du coup, il est 7h25 quand je quitte Greyssoney. Le jour vient à peine

de se lever et je démarre en marchant dans les rues de ce magnifique village, comme un touriste….

     L’atmosphère est très agréable, il va faire beau, ça fait du bien après les pluies d’hier. Je me

sens bien, la montée me semble facile. Quand j’arrive au refuge d’Alpenzu, je ne ressens pas le

besoin de m’arrêter, je pointe et je continue ma route. L’endroit est magnifique, on se croirait dans

un décor de film.

     Je n’ai aucun mal à atteindre le sommet du col Pinter. Je me dis que cette nuit de sommeil

m’a fait beaucoup de bien. J’entame la descente, l’atmosphère est paisible.

    Au bout d’un moment, on atteint quelques chalets. Quelques personnes sont assises sur un

banc. Elles me proposent de rentrer dans un des chalets. Je me dis que c’est un ravitaillement.

    Je rentre, et là ! Une table avec plein de bonnes choses. Je m’assois et je me restaure copieusement. J’ai

faim et c’est différent des autres ravitaillements : du jambon, des gâteaux au chocolat, des flans…..

    Je discute en anglais avec la propriétaire des lieux. Elle m’annonce que le premier est arrivé

et que c’est un Valdotain. Elle en est fière. Puis je décide de quitter les lieux. Elle m’annonce que le

ravitaillement est à 1km. Un autre ravitaillement à 1 km ? Je comprends mieux !! Ce sont les

propriétaires du restaurant qui offrent un ravitaillement gargantuesque à tous les participants du

TOR ! C’est pas énorme ça ???!!! Je reprends ma route ventre plein et sourire aux lèvres.

    Quand j’atteins le ravitaillement, je pointe et je continue sans m’arrêter. Je me dis que les

bénévoles n’ont pas beaucoup de travail, personne ne doit s’arrêter à ce ravitaillement.

Je me régale, tout va bien, il fait beau, le parcours est très agréable, les paysage magnifique,

les villages traversées aussi. J’atteins Saint Jacques à 13h sans m’en rendre compte.

     Au ravitaillement, un bénévole me fait peur. Il m’annonce 7 heures jusqu’à la prochaine base

vie, Valtournenche. Vu la distance qu’il me reste à faire, je me dis que ce n’est pas possible, mais

dans le Tor tout peut arriver. Je repars prudemment dans la montée.

    La montée ne me semble pas dure, mais la lassitude me reprend. Je commence à m’endormir

à nouveau. Je croise des randonneurs qui m’annoncent 3⁄4 h pour atteindre le refuge, mais j’ai

sommeil. Il fait chaud, je décide de m’allonger quelques instants pour une petite sieste.

Dix minutes, après je me relève, j’ai mal à la tête comme si j’avais dormi 15 heures de suite.

    Je reprends ma route et très vite j’entends les cloches, je m’approche du refuge.

Lorsque j’atteins le refuge, il me tarde d’arriver à Valtournenche. Ma halte est brève. Je

prends quelques biscuits que je grignote en route et je quitte les lieux. Mon genou me fait mal à

nouveau. La descente me parait longue et maintenant je veux atteindre la base vie.

     Une fois de plus mes parents sont venus me rejoindre à quelques kilomètres de la base vie.

    Je finis la descente avec eux, mais à ce moment j’ai très mal au genou, je n’arrive plus à descendre.

A 17h30, j’atteins l’avant dernière base vie. Il reste mois de 100 km, je ne veux pas crier

victoire mais l’envie y est.

 

 

 

 

 

 

 

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   Je prends une douche et dans le vestiaire je discute avec un « sénateur » (personne qui a

participé et fini toutes les éditions du TOR). Je lui dis que le plus dur est fait et que maintenant il ne

reste plus qu’à être patient. Il me rappelle que l’étape suivante est paire, et que même si le dénivelé

semble presque plat, la suite risque d’être très compliquée !!!! Sur le moment je n’arrive pas à le

croire, mais la suite lui donnera largement raison.

 

 

 

 

 

 

ETAPE 6 : VALTOURNENCHE – OLLOMONT

 

 

 

 

 

 

 

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   Je me ravitaille tranquillement, j’ai faim. Durant ce Tor je n’ai eu aucun problème gastrique,

moi qui redoutais cela.

   Claude me refait les pansements sur mes ampoules, mon père me remplit mon Camel,… J’ai

de la chance d’avoir une assistance. Cela me permet de me relaxer dans les bases vie, de m’asseoir

tranquillement et me faire servir. C’est un vrai plus par rapport à ceux qui sont seuls !

    Je repars la route vers 19h00. Je reçois un coup de fil, c’est ma fille Maitane. Elle m’appelle

pour savoir si je vais bien et où j’en suis. Elle l’a fait depuis le début de ce Tor : régulièrement elle a

pris de mes nouvelles en m’appelant ou par SMS. Cet appel me fait du bien et me donne du baume

au cœur.

    Dès le début de la montée j’ai très mal au genou. C’est la première fois dans ce Tor que je

doute sur mes chances d’aller au bout. Comment vais-je faire les 100 km qu’il me reste à parcourir

avec ce genou ? J’ai un gros moment de panique, je me sens énervé, comment vais-je faire ?

   Comment je vais rallier Courmayeur ? Je suis prêt à souffrir, mais encore 100 km ? Je passe un coup

de fil à Beñat, il me rassure. Quelques temps après je discute avec René au téléphone. Ils me

redonnent confiance, j’espère que je vais tenir ! A ce moment-là, je pense à une phrase que Beñat

avait lancé juste avant l’Euskal Trail « Ne crains pas d’être lent, crains d’être à l’arrêt ! » Et c’est ce

que je fais, je pense juste à avancer sans me soucier du futur, juste à avancer… Je me répéterai cette

phrase très souvent jusqu’à la fin de ce Tor.

    Lorsque j’atteins le refuge de Barmasse, je suis plus calme. J’entre. Je me rends compte que

j’ai perdu mon gobelet. Je discute avec un autre coureur qui veut s’arrêter dormir. Je n’ai pas envie

de m’arrêter encore. La nuit vient de tomber. On m’a dit qu’il y avait une succession de refuges et

qu’il était possible de s’arrêter dans l’un d’eux. Lui décide de rester, moi je continue ma route.

   La pluie refait son apparition. Je n’ai pas envie de me mouiller, je m’arrête et je prends dans

mon sac tous les vêtements que je trouve et je les mets. Il fait froid.

    J’ai du mal à avancer, le sommeil reprend du terrain. J’atteins un ravitaillement. Il fait très

froid. Je m’arrête, il y a une dizaine de bénévoles. Je demande s’il est possible de dormir. On me dit

que tous les lits sont pris. Le prochain point de repos est au Bivouac Reboulaz, on m’indique qu’il y a

environ 4km avec 300m+ et 250m-. On m’annonce deux heures. Je me dis « deux heures pour faire 4

km sur du plat !!! N’importe quoi !! Je peux le faire en 1h»

    Je reprends mon chemin et ……. Je mettrai 3h pour atteindre le Bivouac !! Quelle galère !! Je

n’avance presque plus, j’ai mal au genou, aux pieds, le terrain est très technique, les descentes sont

raides dans des pierriers, je m’endors. Il me semble que je suis dans un piège dont je ne sortirai plus

jamais. Je ne peux pas m’arrêter, il fait trop froid, je ne peux plus continuer je n’ai plus de forces….

    Que faire ?? Pourtant le spectacle est grandiose, la pleine lune laisse apparaitre un panorama
spectaculaire.

    J’atteins un petit col, un coureur me rattrape, il me dit qu’on va atteindre la « fenêtre du

Tsan ». Quel nom bizarre ! Mon imagination me joue des tours et je me sens pris dans un piège mis

en place par de maléfiques Asiatiques qui veulent ma peau !

La descente de ce col est horrible. Je ne tiens plus sur mes jambes. C’est le pire moment de

ce Tor !! Que c’est dur !!

    Le Bivouac REBOULAZ est maintenant visible, on entend le groupe électrogène !

   Je rentre dans le refuge et je demande un lit, je crois que je n’ai même pas eu la force de

saluer les bénévoles. On me propose un lit pour 2h, j’accepte et je vais me coucher …..

    Au bout de 2 heures (toujours pas une minute de plus, quelle organisation !), un bénévole

vient me réveiller. Je me lève je prends du café et de biscuits et je retourne à ma galère.

    Il fait très froid, j’ai tous mes vêtements mais j’ai froid. Je me sens pas bien mais je n’ai pas le

choix il faut continuer.

Au bout de quelques minutes, je me sens mieux, Ces deux heures de sommeil m’ont permis

de récupérer, j’ai toujours mal au genou et aux pieds mais mon rythme s’accélère, le moral revient.

Le terrain est toujours très technique et le panorama toujours aussi impressionnant, il fait nuit mais

que c’est beau !

    Je recommence à penser à la fin. Je fais mes calculs et je projette mon arrivée dans la nuit de

jeudi à vendredi. Je ne veux pas arriver de nuit. J’ai envie de profiter pleinement de mon arrivée à

Courmayeur. Je n’ai aucune ambition quant au chrono, alors je me dis que je peux ralentir mon

rythme et me caler une arrivée de jour, Vendredi matin….

    J’atteins le refuge de Cuney à 5h20. Les bénévoles dorment.Je prends une soupe et comme ça va mieux,

je décide de ne pas m’attarder…

   Lorsque j’atteins le Bivouac de Clermont, le jour commence à se lever, je n’ai pas faim, mais

je rentre quand même me réchauffer un peu. Je discute avec d’autres coureurs qui ont déjà fait le

Tor. Ils me conseillent de passer le col de MALATRA de jour. L’un d’eux me dit que c’est le plus bel

endroit qu’il connaisse. Du coup je me mets à manger avec eux, des pâtes, du jambon, excellent !!On

repart en petit groupe et très vite on atteint le col de Vessonaz.

    La descente est raide, très raide au début. Je n’arrive plus à descendre. Mon genou me fait

très mal. La descente jusqu’à Oyace est interminable. Il fait froid, très froid. Je suis gelé. Je me laisse

descendre comme je peux. Je n’arrive plus à courir. Par moment j’essaye de me relancer, de me faire

violence mais c’est trop douloureux.

    Le soleil se lève et je commence à me réchauffer. Je m’arrête pour me dévêtir. Il fait super

beau !

    J’atteins le ravitaillement d’Oyace à 10h15 de ce jeudi matin. Il reste 12 km pour atteindre la

dernière base vie et le col de Brison à franchir.

 

 

 

 

 

 

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   Ramuntxo et Claude sont à Oyace. Ramuntxo me propose de m’accompagner jusqu’à

Ollomont.

    Je me ravitaille d’une excellente pollenta, c’est vraiment très bon, un café et on reprend la

route ensemble.

    Je me sens bien dans cette montée. Le genou ne me fait pas trop mal lorsque je monte, mais

je redoute la descente.

    Il y a un ravitaillement en fin de montée. Je m’arrête, les bénévoles sont très gentils. Ils

m’expliquent que lorsque j’aurai franchi ce col, il ne m’en restera plus que deux, le col de Champillon

et le fameux MALATRA dont tout le monde parle.

    Je redémarre et je me décide à passer Malatra de jour. Je m’arrêterai dormir s’il le faut mais

je me dis que certainement je ne reviendrai plus, alors autant passer Malatra de jour et voir ce dont

tout le monde parle, qu’importe le chrono.

    La fin de la montée du col de Brison est difficile, mais que c’est beau !

    En haut, je dis à Ramuntxo que je mangerai bien une bonne Pizza. Ni une ni deux, il prend le

téléphone et appelle Claude. A mon arrivée à Ollomont, j’aurai une bonne Pizza !! Excellent !!

    La descente est un calvaire. Je n’arrive pas à descendre. Je m’aide de mes bâtons mais rien

n’y fait, j’en peux plus. J’essaye de descendre marche arrière, mais c’est trop technique et trop

dangereux. Mais pieds et mon genou me font très mal.

    A 15h20 j’atteins Ollomont. Dernière base vie. Je me dis que quand je partirai, ce sera pour

l’arrivée : Courmayeur !

    Je mange ma pizza, je me douche, et je vais voir le kiné, pour voir si il peut faire quelque

chose pour mon genou. Il reste encore 50km !!

    Encore un Kiné super efficace ! Il me triture mon genou, il me fait très mal sur le moment

mais il me dit que ça va le faire, que j’irai au bout. Il me conseille de me coucher une demi-heure.

    Comme je ne suis pas pressé et même si je n’ai pas sommeil, je l’écoute.

 

 

 

 

 

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 Au lever, j’ai faim, je rentre dans le refuge pour manger. On se croirait dans un restaurant, il y

a un panneau avec des plats au choix. Un bénévole s’approche et me demande ce qui me ferait

plaisir. Ce sera poulet-patates. Deux minutes plus tard, je suis servi, c’est vraiment très bon. Elle me

demande ce que je souhaite comme dessert, et de suite elle m’apporte une excellente salade de

fruits frais.

    Je me suis bien requinqué et je me sens d’attaque pour ces derniers 50 km.

 

 

 

 

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ETAPE 7 : OLLOMONT – COURMAYEUR

 

 

 

    Je quitte Ollomont à 17h40. Prochaine étape : l’arrivée.

   La montée du col de Champillon est régulière et me semble facile. Il fait bon en cette fin de

journée et j’arrive à bien monter en cette fin de TOR.

    Le froid commence à se faire sentir et je m’arrête pour me couvrir avant d’atteindre le col de

Champillon.

    Au refuge de Champillon, je discute avec un autre Sénateur. Il me donne quelques conseils

pour la fin de course. J’ai vu sur le profil qu’il y a 10 km de plat. Il confirme : du plat et une large piste

interminable où souvent il fait très froid. Encore une fois, il me conseille de passer Malatra de jour,

c’est ce que je ferai.

 

 

 

 

 

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    Je quitte le refuge tout seul et j’atteins le sommet du col avant la tombée de la nuit. Il y a

beaucoup de vent. Il est glacial. Je me lance dans la descente. Ça va un peu mieux j’arrive à trottiner

par moments, j’avance bien du coup.

    A la fin de cette descente, il y a un ravitaillement qui marque le début de ces 10km de piste

carrossable plate.

    Je démarre tranquillement, il fait nuit, j’arrive même à courir par endroit, j’ai le moral. Mais

la monotonie du parcours et la solitude m’endorment. Au bout de 5 km je ne tiens plus. Je veux

rejoindre Saint Rhémy pour dormir, mais je n’arrive plus à avancer. Une concurrente me double en

courant, j’essaye de m’accrocher mais je n’arrive pas à suivre le rythme. Me voilà à nouveau tout

seul, je m’endors ! Je sais que mes parents m’attendent à Saint Rhémy. J’appelle mon père pour qu’il

vienne me rejoindre, on pourra discuter …

    Tout d’un coup le téléphone sonne, je me réveille au bord de la piste endormi ! C’est mon

père. « Tu es où ???». « Je dors !!» Je me relève et je reprends la route. Au bout d’un moment qui

me semble une éternité, je vois une frontale qui arrive, c’est lui !

En discutant c’est plus facile, je n’arrive plus à courir, mais le temps passe plus vite. J’ai

besoin de dormir.

   A saint Rhémy, je me couche pendant deux heures.

   Au lever, j’ai faim. Je m’approche du ravitaillement. Un personnage qui mesure plus de 2m et

qui doit dépasser les 150kg avec un gros cigare me propose des pâtes. Il les prépare sur le moment !

C’est un régal !!

    Me voilà prêt à affronter la dernière difficulté : MALATRA.

   On m’avait dit que le début de Malatra était une large piste, et je suis sur une large piste

lorsque le sommeil refait son apparition. Du coup j’avance en somnolant et je ne fais plus attention

au balisage. Je passe devant une ferme, et vite après, la piste s’arrête ! Merde ! Je me suis trompé. Je

refais le parcours en sens inverse et au bout d’une demi-heure, je retrouve le balisage ! Pff ! Une

heure de perdue, mais ce n’est pas grave, il fait encore nuit et j’ai le temps pour atteindre Malatra

pour le lever du jour.

    Je reprends la montée, je suis bien du coup, j’ai retrouvé un gars et on discute de tout et de

rien, ça empêche de dormir. On passe le Merdeux, puis on atteint un refuge tout neuf au pied de

Malatra. Le jour commence à peine à se lever.

     Au ravitaillement, il y a du jus d’orange frais. J’en bois au moins un litre. Un bénévole, super

sympa, comme tous d’ailleurs, m’explique précisément la fin du parcours. Je repars pour les derniers

mètres de la dernière difficulté !

    C’est là que je vais vivre le moment le plus merveilleux de mon TOR. Le lever du jour est

magnifique, et le panorama !!! Ouf !! Je n’ai jamais vu ça ! Je ne saurai pas décrire ce que je vis à cet

instant. La fatigue, le manque de sommeil, le paysage, et enfin je sais que je vais être finisher. Je

pleure ! C’est LE MOMENT du TOR, bien plus que l’arrivée d’ailleurs !

 

 

 

 

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    Je passe MALATRA 2936 m. Je lève les bras dans la brèche, comme sur la photo ! C’est

magique, je sais que je suis finisher, c’est mon arrivée !!!

    La descente me paraît longue. J’appelle Jérôme qui m’a suivi tout au long du TOR. Il a mis à

jour Facebook, tout au long de cette semaine. J’ai envie de partager aussi cet instant avec lui.

    Je connais la partie qu’il me reste à faire, je l’avais fait dans l’autre sens lors de l’UTMB en

2011.

     Je profite du Panorama, le Mont blanc est là Majestueux ! Je me remémore tous les

moments de ce Tor.

    Mes parents, Claude et Ramuntxo sont venus me rejoindre à Bertone. On fait la dernière

descente ensemble….

    Je passe la ligne d’arrivé à 12h50….

 

 

 

 

 

 

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   Je suis finisher du TORJe pourrais parler pendant des heures de cette course. Je pense qu’il y a sur le net plein de récits qui

racontent la beauté des paysages traversés, la difficulté de cette épreuve. Je voulais juste

retranscrire ce que j’ai vécu…..

 

 

 

 

 

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     J’ai voulu faire ce TOR pour mes 40 ans. C’était mon défi perso. Je voulais être finisher, le chrono

m’importait peu, je l’ai fait.

    Une question incessante, elle revient comme une chanson qu’on n’arrive pas à se sortir de la tête,

« Qu’est-ce que je fous là ? » J’ai essayé d’y répondre pendant des kilomètres…. J’ai émis plusieurs

hypothèses …… Je crois que je n’en retiendrai qu’une :

    Se retrouver avec soi-même, aller au bout de soi-même, connaitre ses limites physiques et mentales

et se rendre compte que le corps humain est une machine exceptionnelle. Rien d’autre.

 

 

 

 

 

 

 

 

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         Le TOR est une épreuve formidable, c’est le Trail des Trails, c’est à faire au moins une fois, je ne sais

pas si c’est à refaire ….

 

 

 

A.BERRA

 

 

 

 

 

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